Question quiz, en 15 secondes : Vous sentez-vous dangereuses ?
Pour nous, qui nous considérons inoffensives (sauf en situation de cruise), les gardiens, agents, douaniers et autres brigadiers, nous apparaissent souvent comme zélés, à cheval sur le règlement, bref, « fatiquants ».
Mais cette semaine, grâce au rayon Z on découvre: de quoi avons-nous l’air pour ces agents qui assurent notre sécurité ? À leurs yeux, sommes-nous des victimes potentielles ou des individus suspects ?
Ah oui, au préalable, je tiens à faire une distinction. D’abord, il y a la sécurité active. C’est L’ensemble du plan de sécurité qu’on met en branle durant ou après un événement qui nous menace, comme nous évacuer d’un centre commercial où magasine un tireur fou. Là, on les aime, les agents en bleu, on les trouve utiles.
C’est dans la mise en application des mesures de sécurité passive, que les gens qui nous protègent sont les plus « fatiquants ». Quand ils se mêlent de prévention. Qu’ils demandent la carte de l’Union des artistes à Suzanne Lévesque pour entrer par la porte de côté à la SRC ou bien qu’ils accrochent Chantal Lamarre parce qu’elle bippe en sortant du club vidéo, quand les détecteurs de métal empêchent Sophie Faucher d’entrer, mettons, aux Galeries Lafayette, là, ils nous tapent sur les nerfs.
Pour tâcher de comprendre nos chers agents, utilisons le rayon Z, mettons nous à leur place:
Les responsables de la sécurité possèdent, en principe, un casier judiciaire vierge, ont un sens aigu de l’observation, une bonne mémoire, ils sont impartiaux, honnêtes, ont cultivé leur jugement… Sans ça, ils ne seraient pas là, hein ? Mais oups…
***Engageriez-vous un ancien tueur à gages comme agent de sécurité? En janvier 2004, la direction du collège privé montréalais Jean-de-Brébeuf a commis cette bévue… sans le savoir. Quelques mois plus tard, lors de l’arrestation de son employé, elle apprenait avec stupéfaction qu’elle n’avait pas seulement embauché Charles Bouchard, l’agent de sécurité modèle, mais aussi Réal Simard (son vrai nom), un ancien tueur du clan Cotroni!***
Ça reste l’exception, qui justifie le règle-ment… Le bon vieux cliché qui excuse trop de niaiseries.
À travers le rayon Z « sécurité », vous, toi aussi, et moi et ma mère-grand, sont autant des sujets à protéger, que des meurtriers-ières potentiel-les. Oui, Madame.
C’est sûr, se fiant à son jugement et à ses antécédents, notre agent payé à l’heure pour suivre le règlement de façon quasi paranoïaque aurait tendance à « spotter » Bob, le gars de plus de 6 pieds la tête rasée avec des tatouages sur les jointures gossés au crayon Bic chauffé. L’agent un peu plus rusé se dira que c’est trop facile, que l’habit ne fait pas le moine. (Ni la mère-grand d’ailleurs, puisque, on s’en souvient, c’est en mère-grand que le grand méchant loup s’est déguisé dans l’histoire). Il laissera passer Bob, qui a sa carte d’accès et vous arrêtera VOUS qui l’avez oubliée sur votre comptoir en granit à Saint-Lambert.
Vous vous dites quasiment : ça serait tellement plus simple un système de reconnaissance des empreintes, de la rétine, une puce implantée dans le front, comme ça, j’en aurais pus de problèmes avec la maudite carte ! Nenni ! Vaut mieux se fier sur le gardien, parce que lui voit si vous avez été découpée en morceau par un méchant qui veut entrer en se faisant passer pour vous en tenant votre main à la main ou votre tête sous son bras. Sans blague, j’ai discuté un jour avec un responsable des systèmes de sécurité sophistiqués et le danger est bien réel. Quant aux systèmes de reconnaissance de la voix, c’est pas si simple, même aujourd’hui : téléphonez à Émilie, la gentille cyber-girl du Bell, elle se fera un plaisir de vous illustrer ce que je veux dire…
Dans une société où l’on brandit le spectre du terrorisme, où, on le sait maintenant, il y a un pédophile dans chaque village, un ouragan qui s’en vient, un tueur en série qui s’ignore mais qui vit pas loin de vous… On « paranoïe ». Et l’apparence de normalité devient elle-même suspecte.
Parenthèse et bémol : La normalité, c’est ben relatif. Il y a sûrement un endroit où vous avez l’impression que c’est toujours vous qu’on isole de la file pour vous « inspecter », où vous êtes le suspect, la persécutée ?
Ben moi, oui. Je suis louche en Suisse, en Norvège et chez Holt Renfrew. Je ne niaise pas. Par contre, je passe inaperçue à Paris, même en saison d’attentats, incognito en visite au parlement (pourtant-pourtant) et personne ne m’inquiète quand j’entre chez Stella Mc Cartney à New York. (Logiquement, je serais bien plus dangereuse là que chez Holt, mais bon).
Interlude pédagogique: Même quand on nous considère normales, objectivement, à l’inspection, on est toutes dangereuses.
Qu’est-ce que vous avez en ce moment dans votre sacoche qui pourrait servir à tuer quelqu’un ? Mettons qu’on le passe au rayon X plutôt qu’au rayon Z ?
C’est trop gênant à dire en public ? Je vous déballe ce que contient la mienne, à titre d’exemple : Un couteau suisse (sans commentaire, j’ai été en tournée et dans les guides et scouts du Canada) , une chaine avec des clefs (excellent comme coup de poing américain), de la poudre libre (de t’Anthrax ? De la coke ?), un livre intitulé La RÉVOLUTION industrielle (si son cours d’histoire est loin, à mon agent, je pourrais limite passer pour dissidente), du… paprika fumé (heu, j’ai été chez Milano, il y a peu… C’est un peu cher comme « Pepper spray », mais j’en suis sûre, très efficace), de l’agent liquide et des chèques (pour payer la protection), mon sac à main lui-même est si lourd que je pourrais m’en servir comme masse d’arme ou comme nunchuk.
Si je pognais sauvagement les nerfs, je pourrais donc vous tuer 12 fois, bien qu’une fois suffise. Et dans la tête de l’agent raisonnable qui m’observe, c’est pas le pistolet qui tue, c’est celui qui appuie sur la gâchette. Suis-je donc apte à devenir folle et à l’attaquer, à attaquer autrui, à m’automutiler ? Ben oui, comme tout le monde !
Sans compter l’espionnage !!! Juste à la SRC ! Avec mon cellulaire ou mon I-pod, ne puis-je photographier les scénarios de téléséries et dévoiler des punches pour les vendre au 7 jours ? Photographier les offres rabais chez Wallmart, la créativité de leurs étalagistes pour revendre les concept à Zeller’s à un prix de fou ? Ça se peut ! OUAIS MADAME !
De mes mains nues, ne puis-je pas graffigner ? Casser du matériel ? M’accrocher après le monde ?
Oui, oui, et encore oui je le peux !
Pis notre agent de sécurité, il n’a pas de scanner pour lire dans mes pensées. J’ai peut-être l’œil flou parce qu’il est un peu cute ou que j’ai pris trop de café, mais lui, il ne le sait pas. Ce qu’il sait en tout cas, c’est que « on court pas de risque », même si j’ai l’air insignifiant, mieux vaut prévenir que guérir. (Encore une fois, deux clichés qui autorisent bien des bêtises et autres homéopathies).
Comme je lis moi-même les journaux et que j’ai des enfants, un jour, je vais sans doute devenir assez folle pour trouver ça normal qu’on scanne tout le monde au portillon. Jeune, on est dangereux, en vieillissant, on devient peureux. Impavide est un mot rare, c’est pas pour rien. Protégez-moi donc de moi-même et des autres, les agents, mais sachez que, des fois, j’ai des envies de violence quand c’est moi que vous « spottez ».
Notes : j’ai presque commandé un mini taser par Internet, ça se fait avec une carte de crédit valide. Si on accepte si bien que le danger soit partout ou qu’ont soit vraiment parano, est-ce qu’on ne va pas tous se retrouver avec une arme dans sa sacoche ? Il y a pas eu des gros problèmes avec les tasers, il y a peu ? Genre, du monde mort ?
Drôle : me suis fait « tasser » au départ d’un vol du Nouveau Brunswick parce que les coquillages enveloppés dans ma robe de nuit avaient une forme suspecte au rayon x.
Me suis aussi fait fouiller de fond en…comble à Zurich parce que j’avais des caps d’acier dans mes bottines.
En Norvège, je me suis fait demander (poliment, quand même) par deux agents de la paix d’où je venais et ce que je faisais à Oslo, parce que je n’avais pas la tête, ni le style d’une femme de l’endroit. Un contrôle, de même, dans un pays si tranquille.
Après le 11 septembre, quelqu’un que je connais (que je ne nommerai pas, même sous la torture) qui habite à Outremont était certain que le danger de terrorisme dans son quartier était bien réel à cause de la présence de familles juives.
La peur est une ressource naturelle inépuisable. La peur et donc la « sécurité » sont des industries florissantes. Pour vous amuser, tapez « sécurité » et allez voir ce que votre moteur de recherche vous donnera. Bon, moi je suis une nerd, mais j’ai eu ben du fun.
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