Question quiz, en 15 secondes : Êtes-vous satisfaites de tous les aspects de votre vie ?
Avez-vous déjà acheté un livre de croissance personnelle ou de psycho-pop pour tenter de résoudre une de vos insatisfactions ?
Cette semaine, le rayon Z présente : comment nous voient les auteurs de livres de croissance personnelle et de psycho-pop ?
Attention ! Même si le marché des insatisfaits est énorme, j’ai décidé de mettre de côté le cliché qui veut que ces auteurs-là fassent ça pour l’argent. Je ne suis pas juge dans un procès d’intention…
Restent qu’ils nous voient certainement comme nombreux et comme des gros consommateurs de croissance personnelle:
Dans le site Internet d’une grosse chaîne de librairies que je ne nommerai pas, il y a 826 pages de six titres de livres de croissance personnelle. Ça fait combien ça, vite de même d’après vous ?
Proche de 5000, ça madame. J’ai pas tout lu, bien sûr, mais j’en ai lu beaucoup et juste en survolant les titres, ça nous donne des indices sur la perception des auteurs de leurs lecteurs :
Les sept clefs du bonheur, L’anxiété, le cancer de l’âme, Sortir du moule (j’ajouterais, mets du Pam, mais bon), le bonheur extraordinaire des gens ordinaires, Le décodeur Gestuel et même… Le méta-secret !!! Vous-mêmes, je suis sûre que vous pouvez en nommer au moins 1… ?
Notre auteur est donc un gars, une fille, parfois psy ou pas tant que ça, qui, de bonne foi, observe autour de lui et constate l’immensité du marché de l’insatisfait et analyse les causes de ces insatisfactions :
C’est comme pour tous les auteurs, là, y’a pas tant de canevas que ça… C’est quoi les sources de tous nos malheurs ?
Ben oui ! La santé, l’argent, l’amour, les relations avec les autres, la famille, l’estime de soi… Le bonheur lui-même ou en tout cas, sa recherche est une grosse épine dans le pied des insatisfaits. C’est même pas mal ça, le dénominateur commun : la recherche du bonheur, ça de quoi rendre malheureux.
C’est beaucoup de pression, la recherche du bonheur. Notre futur auteur vis dans le même monde que nous : il voit que la société autour de nous envoie des annonces de madame plus heureuse qui fait du baladi gelée raide su’l yogourt ou qui danse dans les miasmes de son nouveau vaporisateur mural. On est à l’ère du retour du yoga et de l’harmonie obligatoire, facile pour les autres, inatteignable pour NOUS.
Notre futur auteur croissant personnel se dit : celui ou celle qui lève le bras pour acheter un pot d’omega 3, un livre de croissance personnelle ou du yogourt vert, a à peu près le même casting que celui ou celle qui va consulter une voyante. C’est pas sérieux :L’insatisfait va désespérer… Aidons-le !
C’est à ce moment-là que je suggère que sa vision commence à se brouiller, que la poutre arrive dans le rayon Z, quand, les yeux plein d’eau, notre auteur identifie le secteur où il croit avoir plus de sagesse ou plus d’expérience que son prochain. : le rayon Z fait trop souvent une boucle, ou devient étroit comme un laser, notre auteur, qu’il soit simplement un insatisfaits sage, un coach de vie, un psy ou un médecin, s’observe lui-même ou observe ses clients, ses patients avec qui il a eu du succès. Y peut pas voir tout le monde.
Ce qui fâche mon rayon Z, c’est qu’on propose trop souvent des modèles d’ harmonie standards, des plasters pour soigner un membre amputé. Harmonie, quel mot discordant, soit dit en passant. On inclut rarement le déséquilibre gérable et agréable, dans ces livres-là.
En plus, trop souvent, on tend à penser qu’il y a seulement deux pitons à la responsabilité des individus : soit c’est la faute des autres, (Famille Toxique, Père Manquant fils manqué) soit c’est de ta faute, pis TU TE tricotes moi-même ton cancer et ce même quand c’est sur un mode positif, comme si on pouvait tout arranger en partant de nous-mêmes, de l’intérieur (Sortez du moule).
Mais on revient à notre auteur : peut importe son point de vue, il se met à s’adresser, toujours en toute bonne foi, à des gens qu’il ne voit plus, parce qu’il est penché sur son livre. Et plus tard, Madame Pouliot de s’écrier en lisant « Le bonheur extraordinaire des gens ordinaire » : Ça a donc ben de l’allure ce qu’il dit.
Mais Madame Pouliot est en forme, elle lit ça pour se désennuyer, parce que les romans lui tapent sur les nerfs, pis qu’il était en spécial dans une grande surface oùqu’a fait son épicerie. Richard, lit le même livre, mais il est en crise, sa femme vient de le laisser, il est en pleine période de chef Boyardee en bas de chasse roulé dans le sofa. Et il pleure. Pis il achète aussi le guerrier désarmé et Un guide de survie contre les manipulateurs-trices. Et il s’enfonce sans autre support que ses appuis-livres, parce que là, notre auteur de livre de croissance personnelle est loin. Peut-être aux Caraïbes. Richard est tout seul.
Le problème des auteurs de livres de croissance personnelle, c’est qu’ils s’adressent autant à Madame Pouliot qu’à Richard. Leur défi est énorme, les moyens pour réussir inadéquats.
Ce que le rayon Z nous indique, mais il peut se tromper, (vous m’écrirez pour m’en parler), c’est que si les livres de croissance personnelle donnent souvent des bons trucs, il n’apportent pas de support personnalisé, ni de véritable accompagnement.
Et ça, c’est contraire à tout ce qu’ils apprennent aux travailleurs sociaux, par exemple : tu n’ouvres pas de porte si tu es incapable d’apporter l’appui qu’il faut pour que le client puisse la franchir et la refermer.
Le lecteur, Richard, mettons, risque l’échec à répétition, l’insatisfaction plus grande encore, en pédalant dans le macadam à la mélasse à moitié cuite des bonnes intention qui pavent la route vers son enfer personnel. Ça, je suis désolée, fallait que je le lise !
Qu’est-ce qui se passe après ?
La loi du cercle vicieux qui lui fait en acheter un autre pour compléter notre « cheminement ». Et commence alors trop souvent une sorte de compulsion, de curiosité maladive, de magazinage sans fin du bonheur. En général là, Richard s’est acheté une fontaine de tranquillité, pis quand il ne lit pas, il classe ses outils pour qu’ils soient plus Feng shui.
Notre auteur, lui, en revenant des Caraïbes trouve une pile de lettres de gens qui posent des questions, une liste de rendez-vous de monde qui a besoin de ses lumières…
Il écrit une suite que Richard va acheter. Et Richard n’a pas du tout envie d’écouter son ancienne blonde qui lui suggère de consulter un professionnel…
C’est pourquoi le rayon Z suggère qu’un avertissement soit imprimé sur la jaquette de chaque livre de croissance personnelle publié : toi qui te sens vraiment mal, passe tout droit, rempoche ton 20 et n’achète pas ce livre, mets l’argent dans un pot et va voir un psy. Après, tu te paieras la traite à la librairie.
Bonjour Madame Z! Bravo pour votre beau blog!!
RépondreSupprimerEn tant qu'auteur du pertinent «La grâce de la solitude» (éd. Québécor) je peux confirmer tout ce que vous dites. Sauf que ça compte pas, je l'ai fait pour le ca$h...
Bon, c'est pas le commentaire du siècle, mais je voulais briser la glace. Pis faut que j'aille chercher les gars à la garderie/l'école.
xx