Avant propos :
Je pense que les Lionnes s’attendaient à ce que je dénonce la surconsommation, ou qu’encore une fois je fasse preuve de cynisme, d’ironie, de sarcasme (voir définitions trop souvent confondues de ces termes, une bonne fois, quand on aura le temps, hein ?). Ben non. Moi-même, la Fée des dents, je n’allais pas basher un collègue. Surtout pas celui-là. J’espère que cette fois-ci, j’ai raison. S’il vous plaît, Père Noël, faites que j’aie raison ! Pour une fois que je suis optimiste. Si j’ai raison cette fois-ci, je promets de me réjouir à chaque fois que j’ai tort parce que je suis pessimiste… (Ben quoi ? Ça compte pareil, même si c’est ben plus facile que d’arrêter de fumer). Ah oui, aussi, si c’est pas trop demander, ça serait cool que dans le prochain combat entre « INERTIA-Master » VS « SILLY-JOYFUL Leprechaun », INERTIA se fasse chrisser une volée. J’ai parié sur sa victoire, mais je veux perdre.
CHRONIQUE :
Question quiz, en 15 secondes : Vous avez plus de 80 ans, vous possédez une sexualité trouble et vieillissante, vous êtes à la tête d’une immense multinationale, mais votre rôle est purement symbolique? Votre image est contrôlée par la presse, les médias, utilisée sans votre consentement… Vous êtes manipulé. Est-ce que je parle de la reine Élizabeth ? Non ! Je parle du Père Noël.
Comment le Père Noël nous voit-il d’après vous ?
En passant, parenthèse à propos des pères Noël de centres commerciaux qui sont au vrai Père Noël ce que sont les prêtres à Dieu le Père : pas tout à fait ça. Est-on jamais sûr que le message se rende en haut ? Hein ? Hein ?
Non, moi, je vous parle du vrai, LE VRAI, comment nous voit-il ?
La solution facile serait de tomber dans le cliché : on magane son Pôle Nord, on fait fondre ses lutins, on consomme comme des malades, on est obèse plus que lui… Le Père Noël est en droit de nous haïr mais non !
La solution facile serait de tomber dans le cliché : on magane son Pôle Nord, on fait fondre ses lutins, on consomme comme des malades, on est obèse plus que lui… Le Père Noël est en droit de nous haïr mais non !
Nah ! Pas d’après le rayon Z :
Trop bébé-fafa ! Le Père Noël est un être beaucoup trop complexe pour lui prêter des vues standards, pâles reflets de nos propres culpabilités adultes.
D’abord que savons-nous de lui ?
Mise en contexte historique :
Comme beaucoup de gens ne l’apprendront pas aujourd’hui parce qu’ils le savent déjà, l’ancêtre de PN est Saint-Nicolas. Saint-Nicolas s’appelait en fait Nicolas de Myre, était évêque et a vécu au début de la chrétienté. Il était moins gros, plus évêque et catholique et il croyait alors que l’existence des lutins n’était qu’une légende païenne.
Toute sa vie il a été le protecteur des enfants et des pauvres. Il aurait même ressuscité trois enfants assassinés et transformé en choucroute par une sorte d’aubergiste-ogre amateur de bains de saumures. On dit de Saint-Nicolas qu’il est le protecteur des enfants, c’est bon, mais aussi des navigateurs, des prisonniers, des avocats (weird, hein ?) et des célibataires… La mère Noël est clairement un mythe, un cover pour fermer la gueule à la police de la pédophilie. En vérité, le père Noël n’est ni aux femmes, ni aux hommes, ni comme les cynique le suggèrent, aux enfants, ni même aux lutins ou aux rennes. Le père Noël carbure au bonheur et à la bonté. À la répartition des richesses. À l’amour des humains, aux lumières qui clignotent, aux flocons et aux clochettes. Fait intéressant, le père Noël répond au courrier. En France, sa première secrétaire a été Françoise Dolto pédiatre et psychanalyste bien connue qui répondait à sa place par voie de PTT. Ça, ça donne une crédibilité. Le père Noël n’est donc pas un épais. Non seulement sait-il choisir ses collaborateurs, mais il n’ignore pas au fond qu’il ne pourrait pas supporter des réalités trop amères : Françoise Dolto pouvait « dealer » avec un enfant ayant dévoré l’espace de son frère jumeau avant la naissance ou traumatisé par la guerre, ou hydrocéphale, ou de la « mauvaise couleur pour son quartier », le Père Noël, non. Le Père Noël fait son possible pour voir tous les enfants comme des êtres égaux, naïfs, pareils. Sa vue baisse de toute façon et il est un peu dur de la feuille. Le père Noël reconnaît les enfants à l’odeur, aux ondes d’espoir de bonheur.
En plus d’une maîtresse en psychanalyse, le Père Noël, une fois laïcisé a fait appel à d’autres professionnels dans leurs domaines : les lutins. Ces spécialistes de la non spécialisation, gossent sans relâche des I-pod, des PS3 des Kintecht necht-kin en tout cas… Pour les enfants des pays riches et développés. Comment y arrivent-ils ? C’est parce que ces valeureux petits bouts d’hommes (et peut-être de femmes, c’est pas facile à déterminer sans les revirer à l’envers) font des stages chez Google, Apple et plus généralement dans la Sillicon Valley.
Jadis, le Joyeux Monsieur vêtu de rouge adorait lui-même le travail de la fabrication des jouets. Mais comme il est constamment talonné par l’industrie, il a dû abandonner le travail artisanal du bois et la création de jeux éducatifs (on lui attribue même parfois l’invention du Scrabbles, mais lui-même n’admet qu’un brainstorm pour la conception du Yum et du Mouse Trap) pour produire des jouets plus performants. D’où de nombreux stages et remises à jour de toute son équipe de lutins. Le père Noël n’est PAS un ingénieur. C’est un créateur. Un créateur qui doit sans cesse réviser sa géographie, parce que son territoire laïque se répand.
Autre drame du Père Noël : Les parents ! Ces êtres abusifs ayant, à certains endroits du monde, inventés des Pères Fouettards ou des lutins-espions pour surveiller les enfants plus ou moins sages et permettre un contrôle indu du comportement des petits. Ces « dictateurs de fonds de foyers » culpabilisent sans vergogne leurs enfants. PN, lui, ne juge pas. (Mieux, il est pour l’avortement si ça fait l’affaire de tout le monde et si ça gosse le Pape, son vieil ami, avec lequel il joue à Farmville.)
D’après le rayon Z, le père Noël cultive une méfiance naturelle à l’égard des parents, ces vieux enfants frustrés par le guide du Pneu Canadien, qui font entre autres semblant que ce sont eux qui achètent les cadeaux et qui mangent les biscuits qu’on lui a destinés et avalent goulument son lait en le baptisant lourdement de Egg Nog ou de Irish Cream. Pour beaucoup d’enfants à travers le monde, Noël c’est l’amour. Pour la plupart, Noël, c’est l’alcool .
Autre drame du vieil homme givré et jovial : Son look. En 1821 Thomas Clarke Moore devient le premier styliste du Père Noël (les 8 rennes sans Rudolph et son célèbre mode de transport en carriole, avant il faisait sa run en skis de fond avec Jack Rabbit, c’est pour ça qu’il est gros aujourd’hui).
***INFO SUPP en coupé-collé au cas où Suzanne Lévesque, ou Sophie ou Chantal auraient des questions…: En 1863 « Harper's Illustrated weekly »,
le journal New-Yorkais, rêva Santa Claus d'un costume garni de fourrure blanche et portant un large ceinturon de cuir. Le dessinateur Thomas NAST en fut l'auteur.
Pendant près de 30 ans, Thomas NAST représenta, dans ce journal, Santa Claus ventru et jovial, à la barbe blanche et accompagné de rennes.
C'est en 1885 que l'illustrateur de ce journal dessina le parcours du Santa Claus qui va du pôle Nord aux Etats-Unis; sa résidence était ainsi officiellement établie ...
Un an plus tard, l'écrivain Georges P. WEBSTER précisa que la manufacture de jouets ainsi que la maison du père Noël « étaient cachées dans la glace et la neige du Pôle Nord » confirmant par cette affirmation les dessins de NAST.
La firme Américaine a eu le génie de demander à Haddon SUNDBLOM de dessiner ce vieux bonhomme (dont la renommée grandissait là-bas) en train de boire du Coca Cola pour reprendre des forces pendant la distribution de jouets. Ainsi les enfants seraient incités à en boire durant l'hiver.
Le dessinateur l'habilla aux couleurs de la célèbre bouteille de Coca Cola : rouge et blanc. Ce nouveau look et la renommée que lui valut la publicité, firent du vieux bonhomme le maître planétaire de la nuit magique, le Père Noël.
Il y eu bien quelques mouvements de protestation de la part des Catholiques contre cette envahissante popularité, la nuit du 24 au 25 décembre étant à l'origine celle de l'enfant Jésus. Certaines manifestations allèrent même jusqu'à brûler l'effigie du Père Noël, mais tout rentra dans l'ordre au fil du temps. –FIN DU COUPÉ-COLLÉ
C’est en 1931 que Coca-cola impose le look définitif de PN. La légende urbaine veut que ça soit pour inciter les enfants à boire du cola même l’hiver, la vérité, selon Wikileaks, serait que les Allemands et les Américains se soient accordés pour donner au vieux bonhomme jovial un uniforme visible dans le ciel pour qu’il ne se fasse pas descendre par la Werhmarcht ou la US Army.
Enfin, de nos jours, on l’oblige par contrat, à magasiner avec Jack White, une vedette rock, plus jeune que lui et hétérosexuel-ouach ! Et on veut l’obliger à moderniser son mode de locomotion (en Australie, à certains endroit on fait croire aux enfants que le Père Noël fait sa tournée en surf). Pis quoi encore ? Tiré par des requins blancs ?
On se résume : un vieil homme fatigué, solitaire, vivant au Nord du Nord, entouré de lutins nerds et de rennes naïfs. Dépassé par la technologie, à la fois manipulé et utilisé comme moyen de pression envers les enfants par des parents sans scrupules, qui n’a la possibilité de communiquer avec ceux qu’il aime le plus au monde qu’une fois par année. Et encore, ce sont des cols blancs qui répondent à sa place.
On augmente sa charge et rallonge sa route à chaque année à mesure que les cultures différentes l’adoptent.
Le Père Noël voit la plupart des adultes comme des gardiens de prison cyniques, opportunistes et assoiffés de contrôle, s’attribuant les mérites d’un vieil homme généreux. Pire ! Qui le détestent parce qu’il sert de véhicule à la surconsommation ! Lui, un vieil homme bourré d’expérience se voit bafoué trop souvent :Par exemple, dans les conférences sur le réchauffement planétaire, on ne l’invite que par obligation, alors qu’il est diplômé de UCLA comme un des plus grands spécialistes des Pôles. On feint de ne pas croire en lui, les adultes l’ignorent ! Pourtant, il souffre autant que les ours polaires et il souffre AVEC eux ! Ses demandes de subventions lui prennent de plus en plus de temps, il a de moins en moins de temps pour gosser des jouets désormais inutiles et tenir son véritable rôle. Alors que même en en état de fonte et d’andropause, il se voit lui-même comme un remède magique au marasme ambiant. Ah ! Si seulement les gens utilisaient son image à bon escient, en provoquant des trêves en son nom !
Toi, Adulte, avant qu’il ne lâche prise, ne parte en burn out polaire, s’il te plaît, appuis le Père Noël. Raconte la vraie histoire de cet homme exemplaire à ton enfant et demi. Encourage-le à étudier pour devenir lutin (on a de la misère à trouver la relève, c’est pas tout le monde qui veut aller travailler en région)… Écris-lui des lettres pour lui dire merci. Et s’il te plaît, s’il te plaît, quand tu aideras ton enfant à faire sa liste de cadeaux, aide-le avec l’apprentissage (OK, inné, acquis, on s’en calice) de son rayon Z interne pour qu’il comprenne le point de vue du Vieux Monsieur qui aime les enfants de la terre entière. La Terre Entière, c’est beaucoup. C’est une grosse grosse job pour le gros Monsieur. Il faudrait que chaque enfant ait un petit quelque chose, non ? Et ça, du point de vue du Père Noël, ça fait déjà des millions de cadeaux. Des fois, le Père Noël prend son 60 mg d’antidépresseur, ferme les yeux, se roule en boule dans sa couverture et crie « Fuck the world » en norvégien. Et ma foi, je le comprends.
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